En janvier dernier, j'ai découvert Un Village Français, et j'aime beaucoup plus cette série que ce que je n'aurais pensé !

Un Village Français est une série de France 3 qui commence en juin 40 lorsque le village de Villeneuve voit débarquer l'occupation. Le rythme est de 12 épisodes couvrant une année d'occupation. Une fiction qui a autant de marge de manoeuvre pour couvrir la 2nde guerre mondiale, c'est nouveau. Ca laisse du temps pour étayer le propos, et notament pour développer la fabuleuse galerie de personnages qui font la série. Car il y a du monde dans le casting principal ! Et ce que j'aime le plus c'est que tous les personnages sont gris, personne n'est que bon ou mauvais, et ceux qui finiront probablement en héros s'ils ne se font pas tuer avant ont presque tous trahi sous la pression, eu des motivations douteuses ou collaboré. Il arrive que les allemands sauvent la peau des français pour diverses raisons et que les ordures retournent leur veste. Pas de caricatures, mais des personnages humains et attachants qui vont presque tous faire des erreurs à un moment ou un autre. Je suis à la fin de la saison 5, nous sommes en novembre 43, la série a diffusé la saison 6 et la moitié de la 7 qui sera la dernière. Jusque là les personnages principaux ont été plutôt épargnés par la mort, j'ai un peu peur que ça ne dure pas... La série est historiquement intéressante, elle aborde des points dont je ne me rappelais pas tellement. Le fait que la ligne de démarcation ait sautée en 43 par exemple, supprimant la France libre du sud. On voit débarquer un convoi de juifs qui font halte pendant plusieurs épisodes à Villeneuve avant de reprendre leur route, vers  quoi ? les personnages n'en ont aucune idée, le spectateur sait que c'est vers les camps. On demande aux villageois qui n'ont rien de leur trouver un endroit et de leur donner à manger. On les parque à l'école, on fait une collecte pour leur trouver trois fois rien à manger... La trame sur la déportation des juifs est une des plus intéressantes de la série. Elle arrive à toucher tous les personnages, chacun d'une manière différente, et fait vaciller les plus maréchalistes. Et puis il y a le STO, les déserteurs et le maquis qui monte. Chaque saison ou demi-saison apporte un nouvel aspect historique.

J'ai commencé la série après avoir fini Engrenages parce que j'y retrouvais deux acteurs bien aimés. Audrey Fleurot joue la femme du maire et docteur du village, et encore une fois elle campe superbement son rôle. On pourrait facilement détester Hortense Larcher, déchirée entre deux hommes, son mari et le chef de la gestapo, changeant sans arrêt de camp. Et pourtant elle est touchante, parce qu'elle reste sincère malgré tout et se laisse guider par son coeur qui, malheureusement pour elle, est amoureux de deux extrêmes. Hortense est capable de recueillir un petit orphelin et de l'élever comme le sien, de mentir au père qui le cherche puis d'abandonner cet enfant pour aller rejoindre son amant. Elle est capable de se faire torturer pour son ex-mari et de livrer son frère aux SS pour sauver son amant. Un amant qu'elle peut également délaisser pour s'occuper de ce fils adoptif qu'elle a abandonné et du fils du beau-frère qu'elle a livré aux allemands. Hortense est un personnage complexe qui arrive toujours à ses  fins, difficile à cerner. J'aime la façon qu'elle a de faire des erreurs par amour et d'essayer de les réparer ensuite. Flamboyante, sa belle chevelure rousse risque fort de finir tondue...

Thierry Godard (le Gilou d'Engrenages) campe Raymond Schwartz, patron de la scierie du village, collabo puis résistant. Raymond hésite à se lancer dans le commerce avec les allemands mais il a besoin d'argent et a peu de scrupules. Seulement Raymond, marié à une connasse maréchaliste pleine aux as, est amoureux d'une fermière résistante mariée. Il va falloir du temps au personnage pour se libérer de ses chaînes, 3 saisons, puis une 4ème d'où il est presque absent (tournage d'engrenages concomittent...). Et le revoilà dans la saison 5 dont les événements risquent fort de l'amener à un revirement total. Raymond est un personnage que j'aime beaucoup, il n'a peur de rien, il ne sait juste pas très bien de quel côté il doit prêter allégeance et manque de convictions, alors il attend de voir dans quel sens on le pousse. Je suis certaine qu'il finira la série avec les héros de la résistance. #TeamRaymond

Et puis il y a les frères Larcher. Daniel le mari d'Hortense, cocu toujours, médecin et maire, qui essaie de rester neutre, forcé de collaborer un peu pour épargner la population. Lorsqu'il est à la tête de la ville, il s'arrange avec la police française pour faire au mieux, contenter les allemands et faire peu de victimes, limiter la casse, ne pas mettre l'occupant en colère. Et puis sa femme s'installer chez l'ennemi, il tombe amoureux d'une juive et choisit son camp un peu malgré lui. Un jour, il n'est plus maire de Villeneuve et tout va de mal en pis. Et son frère Marcel, le communiste, père veuf d'un petit garçon. Marcel est personnage très attachant, malgré les côtés Kamarade un peu agaçants. Il se bat très tôt et rentre dans les prémices de la résistance. Ca fait 2 saisons que je pense qu'il va mourir au prochain épisode, je commence à avoir très peur qu'on me tue mon Marcel très prochainement. Les 2 frères ne se sont jamais vraiment entendus, mais Marcel en cavale peut compter sur Daniel pour élever son fils et lui sauver la peau à l'occasion. Marcel croit assez en La Cause pour laisser son fils être élevé loin de lui et un peu trop au goût de la Kamarade qui va tomber peu à peu amoureuse de lui malgré les interdictions du Parti.

Un gros coup de coeur pour Marie également, maîtresse intermittente de Raymond Schwartz. Personnage important de la résistance dès 1940 alors qu'elle vit dans la zone libre. La ligne de démarcation passe juste à côté de Villeneuve. Marie fait partie de ces rares personnages qui n'ont pas grand chose à se reprocher pendant cette guerre, elle s'est toujours battue du bon côté et battue sans compter au détriment de sa famille.

Au village il y a aussi les instits, la jeune Lucienne timide et peureuse qui va s'amouracher d'un beau soldat allemand malgré les interdits et tomber enceinte de lui. Le gentil Jules, directeur amoureux de Lucienne qui va sauver la situation en épousant Lucienne et en reconnaissant son bébé. Jules, qui parait tout doux et inoffensif, et fini par réveler sa face caché lorsqu'il aide un juif à monter la résistance à Villeneuve en zone occupée. Sans l'approbation de Lucienne.

Et puis les flics. De Kervern, le commissaire résistant et refusant de collaborer qui va se faire rapidemment virer car il dérange. Marchetti le jeune flic aux dents longues qu'on commence par bien aimer quand il tient tête aux allemands pour sauver De Kervern, qu'on déteste ensuite cordialement pendant plusieurs saisons, avant de lui trouver quelques excuses. Comme les autres, Marchetti a ses faiblesses, il tombe amoureux, fait de la merde et en paie l'addition, sa vision du monde change alors, un peu. Je ne sais pas comment Marchetti va finir la guerre, pas si sûre que ce soit complètement dans le camp des connards.

Enfin Heinrich Müller, le chef de la Gestapo, amant officiel d'Hortense. Je n'irai pas jusqu'à dire que j'aime bien Heinrich, mais j'aime bien ses scènes. Il est rare qu'on nous fasse un portrait aussi détaillé du "méchant". Heinrich est là pour tenir Villeneuve en laisse, empêcher les débordements, museler la résistance, torturer et tuer si besoin. Mais Heinrich tombe amoureux d'Hortense. Alors Heinrich se trouve empêtré dans ses contradictions. Il peut torturer Hortense pour faire parler Daniel comme il peut protéger Daniel pour faire plaisir à Hortense. Il court après Marcel (le beau-frère communiste d'Hortense), le tient au cachot, s'apprête probablement à le fusiller, mais il dîne avec le fils de Marcel et lui apprend à faire moins de bruit en mangeant sa soupe. Les quelques scènes en saison 5 entre Heinrich et Gustave sont intéressantes. Notament celle où Heinrich explique au fils de Marcel que oui il tient son père prisonnier, mais qu'il n'y a pas de gentils, pas de méchants, que c'est juste la guerre et que son père se bat contre lui. La guerre est presque perdue pour les allemands, Heinrich le sait et laisse peu à peu tomber ses barrières, le personnage promet de devenir de plus en plus intéressant.

Il y a encore beaucoup d'autres personnages dans Un village français. Je ne saurais trop vous conseiller de regarder cette série pour faire connaissance avec eux !